- Le propriétaire de Joyau arrive tout de suite, ton professeur va en prendre pour son grade !
Je n'avais jamais vu Grégoire en colère auparavant, il était toujours d'une nature calme et sereine. Cette fois-ci, même ses yeux témoignaient d'une colère extrême.
<< Pauvre Joyau >> me dis-je. Ces mauvais traitements, elle ne les avait pas du tout mérités.
Le propriétaire apparut du fond du couloir, il se pencha au dessus de la porte du box de Joyau et vit l'état de sa jument.
- Merci Eva, termine de la rassurer et après on monte chez ton directeur ! s'exclama le propriétaire.
Je finis le pensage de la jument, lui donnai plusieurs récompenses et décidai de la laisser seule.
Grégoire, le propriétaire et moi montâmes au bureau du directeur. Le propriétaire frappa à la porte et rentra lorsqu'il entendit une réponse.
- Cher Monsieur, nous nous permettons de vous déranger car nous devons discuter de certaines choses avec vous, commença le propriétaire.
- Je vous écoute
- Je crois que je vais laisser à Eva le soin d'expliquer l'histoire.
Le propriétaire se retourna vers moi. Avec beaucoup de calme je racontai l'histoire, l'oxer et les coups de cravache, les défis trop rigoureux qu'il me lançait sans cesse, ...
Le directeur écoutait et prenait des notes de ce que je racontais. J'étais satisfaite car je me sentais correctement écoutée. Grégoire intervint pour raconter la suite de l'histoire.
Après cela, le propriétaire expliqua qu'il ne tolérait aucun mauvais traitement sur sa jument. Que seul sa cavalière avait droit de rectifier les choses non correctes avec la jument, mais sans abuser évidemment !
Le directeur réfléchit longuement et finit par expliquer :
- Tout d'abord, je prends conscience de ce que vous m'avez raconté et je vous accorde que cela est une grave faute. Ensuite, il est vrai que ton professeur n'a aucun droit sur ta monture et qu'il n'a pas non plus le droit de te faire passer, en défi, des obstacles plus hauts que ce que tu ne devrais faire.
Cependant, vu la difficulté pour trouver des professeurs corrects, avec votre accord j'aimerais lui laisser une seconde chance. Si vous me le permettez, Eva reprendra normalement les cours demain en dressage et vous deux, messieurs, vous viendrez avec moi assister au cours de l'estrade. Ainsi, nous pourrons observer sans que Fred Povolski nous remarque.
- Je crois que cela me convient tout à fait, répliqua le propriétaire. Si bien sûr, Eva est d'accord ?
Je me retournai vers le propriétaire et après mûre réflexion, lui fit un bref signe de tête. Le directeur me reprit et dit:
- Cela veut dire oui mademoiselle ?
- Je suis d'accord ...
Le propriétaire partit tout en donnant le rendez-vous du lendemain. Moi, je montai dans ma chambre suivie de Grégoire.
- Quelle histoire ! lança-t-il
- Merci d'être intervenu, heureusement que tu étais encore là ... murmurai-je
- Ce n'est pas avec tes petits muscles que tu pouvais arriver à l'en empêcher,dit-il ironiquement.
- Je sais ...
Mon regard en disait long, je m'en voulais de ne pas avoir pu empêcher cela. Pourquoi fallait-il que cela arrive toujours à moi ? Pourquoi étais-je si faible ? Pourquoi ce monde n'était pas un monde fantastique ? Pourquoi je n'arrivais pas à m'imposer ici ? Pourquoi ... ? Pourquoi !
Les larmes humidifiaient toute ma joue à présent. Grégoire vint délicatement s'asseoir à coté de moi et me prit dans ses bras:
- Je ne voulais pas te blesser en disant cela.Tu veux que je reste ce soir ?
- Je sais, tu ne peux pas ...
- Les règles ne sont pas toujours faites pour être respectées, il est 22h et si on allait se coucher.
Pendant toute la nuit, je pensais à cette journée remplie de rebondissements, cela m'empêchait de dormir. Je regardai le plafond sans cesse et ne sachant plus quoi faire, je me levai pour m'asseoir au bureau ...
Réflechir, je n'arrêtais jamais de réfléchir ... Cela me fatiguait plus qu'autre chose !
Du bureau, je regardais Grégoire dormir paisiblement ... D'habitude, il se levait dès que je bougeais, mais ici il devait être fatigué, il n'avait même pas bougé.
Je soupirai, je n'étais toujours pas fatiguée. Le réveil affichait 03:00 du matin, j'avais mon cours à 10:00.
Qu'allait-il se passer ? Aucune idée...
- T'es debout ?
Sa voix me saisit, dans la pénombre il s'assit sur le lit et me demanda de venir près de lui.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? Raconte moi ...
- Je ne sais pas, je me sens seule, si seule !
- Pourtant tu sais que je suis là , je serais toujours là pour toi.
- Je sais ...
- Allez viens dormir ! Je parie que tu n'as pas encore fermé l'oeil ! Si tu veux être en forme demain, il faudrait peut-être que tu dormes.
Ses paroles raisonnaient toujours dans ma tête avant que je ne m'endorme.
Le soleil lançait ses rayons à travers les tentures, ce matin. Une couleur orangée donnait sur le mur en face du lit.
L'horloge affichait 8:00.
Je n'avais pas beaucoup dormi et je sentais mes paupières lourdes, j'étais fatiguée...
Je me levai et partit prendre une douche, toujours en faisant le moins de bruit possible pour Grégoire, je m'habillai en vêtements d'équitation et descendis aux écuries.
Joyau hennit lorsqu'elle me vit arriver du fond des écuries et je commençai à la panser.
- Bonjour Eva !
Cette voix arrogante, je la connaissais, je l'avais déjà entendue ...
Lorsque je me retournai, l'homme planté devant la porte de mon box n'était autre que Fred. Je ne sais pas pourquoi mais je pris peur, mon corps tressaillit.
La jument qui mangeait son foin tranquillement releva le bout de nez et mit les oreilles en arrière. Elle montra les fesses à Fred et fit mine de ruer.
Je passai ma main sur son encolure de façon à la calmer.
- Rendez-vous à 10h. Tu seras sûrement avec nous au cours de dressage, enfin je l'espère !
Je serrai le poing mais ne réalisai pas que cette dernière phrase n'était autre qu'une menace.
